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Passion bouffe

Piment d'Espelette AOP : récolte, séchage et bon usage en cuisine

Le piment d'Espelette est un piment rouge de l'espèce Capsicum annuum, cultivé sur dix communes du Labourd, au Pays basque, et seule épice française protégée par une AOP. Arômes fruités ou grillés, piquant fort mais non brûlant : tout se joue entre le champ, la corde et le four.

Dix communes, une variété et un climat à part

Le piment d'Espelette est reconnu en AOC par décret du 29 mai 2000, puis enregistré en AOP au niveau européen le 21 août 2002. L'aire ne couvre que dix communes des Pyrénées-Atlantiques : Larressore et Souraïde en totalité, Ainhoa, Cambo-les-Bains, Espelette, Halsou, Itxassou, Jatxou, Saint-Pée-sur-Nivelle et Ustaritz en partie. Et même là, seules les parcelles identifiées auprès de l'INAO peuvent produire du piment d'appellation.

La plante vient de semences de la variété gorria ou d'une variété locale du même type, que les producteurs peuvent reproduire eux-mêmes à la ferme. Ce type local est le fruit d'une sélection menée pendant des générations, à l'origine uniquement par des femmes : le piment poussait au potager et son revenu leur revenait. Le climat fait le reste. Un amphithéâtre de collines ouvert au nord-ouest arrête les nuages venus de l'océan, d'où des pluies abondantes et régulières (autour de 1 800 mm par an à Espelette selon le cahier des charges), des hivers doux et peu de gelées. En automne souffle souvent un vent chaud du sud, le haize hegoa, qui aide les fruits à mûrir et à sécher. Pour une plante d'origine tropicale, qui ne pousse franchement qu'au-dessus de 12 °C au sol, c'est une niche rare à cette latitude.

Au champ : plein air, main de l'homme et météo capricieuse

Le piment se plante entre le 1er avril et le 15 juillet, en pleine terre. La culture sous abri est interdite, tout comme les traitements phytosanitaires systématiques et les boues ou composts urbains : seuls les apports organiques d'origine agricole sont admis. L'irrigation n'est autorisée que dans le premier mois suivant la plantation, sauf dérogation en cas de sécheresse persistante. Ce point devient sensible : les étés plus secs ont fait baisser les rendements par pied, et la filière a lancé en 2021, avec l'appui de la recherche publique, une expérimentation pour mesurer les besoins en eau réels de la plante.

La récolte se fait à la main, de manière échelonnée, en ne cueillant que les fruits rouges et mûrs, de la fin de l'été jusqu'aux premières gelées. Les piments sont ensuite triés à la main sous 48 heures : fruits blessés, fendus ou abîmés écartés. Pendant ce délai, ils attendent dans un endroit frais et aéré, jamais en chambre froide, interdite par le cahier des charges. Chaque lot part alors dans l'une des trois directions possibles : vendu frais, mis en corde ou mis en maturation pour la poudre.

De la maturation au moulin : ce qui fait une bonne poudre

La poudre demande de la patience. Après le tri, les piments mûrissent au moins quinze jours dans un endroit chaud et aéré. Pendant cette période, tout séchage brutal et tout passage au four sont interdits, et la ventilation ne peut pas être chauffée : c'est là que se construisent les arômes fruités et grillés. Ensuite seulement, les piments sont équeutés (on retire le pédoncule et la collerette), passés quelques heures au four pour finir de sécher, puis broyés.

Le cahier des charges ajoute des règles qui disent beaucoup de la philosophie de l'appellation. Une poudre ne vient que des piments d'une même exploitation. Il faut au minimum 8 kg de piments frais pour obtenir 1 kg de poudre. On ne mélange jamais deux années de récolte, et la dernière mouture de la saison se fait au plus tard le 30 mars suivant. Aucun colorant, additif ou conservateur n'est admis. Le résultat attendu : une poudre orangée à rouge brun, humidité inférieure à 12 %, au nez fruité, grillé ou de foin coupé, et un piquant qui arrive progressivement, parfois avec une pointe sucrée ou amère.

Les cordes sur les façades, décor et garde-manger

En automne, les façades blanches d'Espelette se couvrent de guirlandes rouges. Ce n'est pas qu'une carte postale : suspendre les piments est la manière traditionnelle de les faire mûrir et sécher, et le cahier des charges voit dans ce séchage sur les façades un marqueur de la culture locale. Une corde d'appellation compte de 20 à 100 piments de taille homogène, encordés à la main par le producteur sur une ficelle alimentaire, par deux, trois ou quatre selon le motif.

Achetée fraîche, une corde continue de sécher chez soi. Accrochez-la dans un endroit sec et aéré, à l'abri du soleil direct et loin des vapeurs de cuisson. Quand les piments sont bien secs et cassants, on en détache un, on l'ouvre, on retire les graines si l'on veut moins de feu et on l'émiette ou on le passe au moulin à épices. La couleur est un bon indicateur : un rouge profond promet des arômes, un brun terne annonce un piment fatigué.

Poudre, cordes, purée : ce qui est AOP et ce qui ne l'est pas

Trois présentations seulement peuvent porter l'appellation : le piment entier frais (vendu en caissettes, surtout aux transformateurs), la corde et la poudre, conditionnée en sachets ou en pots de verre hermétiques. Chacune porte un système de marquage inviolable, une estampille délivrée aux opérateurs habilités ; sur la poudre, il indique aussi l'année de récolte. Tout le reste ne peut pas s'appeler « piment d'Espelette » : ni les graines, ni les plants, ni le piment vendu en vrac ou à l'unité. La vente en vrac et le reconditionnement sont interdits.

Et la purée, la gelée, le sel ou la moutarde au piment ? Ce ne sont pas des présentations de l'appellation. Ces produits peuvent être élaborés avec du piment d'Espelette AOP et le mentionner, mais c'est alors la liste des ingrédients qui dit la vérité : quelle part de piment, et à côté de quoi. Même réflexe que devant un pot de moutarde de Dijon : la dénomination et l'origine ne se confondent pas toujours. Le détail des règles figure sur la fiche de l'appellation à l'INAO.

En cuisine : à la fin, et pas à la place de tout

Au XVIIe siècle, le piment d'Espelette remplaçait le poivre noir, cher et importé, pour assaisonner et conserver les viandes. Il ne le remplace pas pour autant dans tous les plats : son intérêt est son parfum, et ce parfum craint la chaleur prolongée. On le saupoudre donc en fin de cuisson ou au moment de servir : sur des œufs brouillés, un poisson grillé, une soupe de légumes, des pommes de terre sautées, une tartine de beurre demi-sel. Dans un plat mijoté comme l'axoa, on en met pendant la cuisson pour le fond, et une pincée à la fin pour le nez.

Il accompagne aussi très bien une assiette de charcuterie basque ou un jambon cru bien choisi, un fromage de brebis ou même un carré de chocolat noir. Côté conservation, la poudre déteste la lumière, la chaleur et l'humidité : pot fermé, placard frais, et loin de la plaque de cuisson. D'autres idées simples pour le quotidien sont réunies dans la rubrique cuisine du quotidien, et les autres appellations à connaître ont leur propre rubrique.

Ce qu'on nous demande sur le piment d'Espelette

Le piment d'Espelette est-il très fort ?

Non. Le cahier des charges le décrit comme un piquant fort mais non brûlant, qui s'exprime progressivement au palais. Il chauffe, sans anesthésier la bouche, ce qui laisse passer ses arômes.

Peut-on cultiver du piment d'Espelette dans son jardin ?

On peut cultiver des piments de même type chez soi, mais on ne peut pas les appeler piment d'Espelette : l'appellation exige une parcelle identifiée dans l'aire des dix communes et un opérateur habilité. Les graines et les plants eux-mêmes ne peuvent pas porter le nom.

Pourquoi l'année de récolte est-elle indiquée sur la poudre ?

Parce que le mélange de deux récoltes est interdit et que la poudre perd ses arômes avec le temps. L'estampille indique l'année : autant choisir la plus récente et la consommer sans attendre.

Comment reconnaître une vraie poudre AOP ?

Elle est vendue en sachet ou en pot de verre hermétique, jamais en vrac, avec une estampille inviolable portant le nom de l'appellation et l'année de récolte. Sa couleur va de l'orangé au rouge brun.

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