Trois jambons secs, trois statuts européens : le jambon de Bayonne est une IGP, le prosciutto di Parma une AOP, le jamón serrano une STG. Leurs cahiers des charges imposent de sept à quatorze mois de séchage au minimum, et ne mettent pas le même sel dans la cuisse.
IGP, AOP, STG : trois promesses différentes
Une AOP (appellation d'origine protégée, DOP en italien) exige que les étapes de production se déroulent dans une aire définie ; pour Parme, cela va de la naissance des porcs à l'affinage. Une IGP (indication géographique protégée) demande qu'au moins une étape soit liée au lieu : pour Bayonne, ce sont la salaison et le séchage. Une STG (spécialité traditionnelle garantie, ETG en espagnol) ne protège aucune origine : elle garantit une composition et une méthode de fabrication, que tout producteur certifié peut suivre.
Le registre européen des appellations, eAmbrosia, date les deux premières : le prosciutto di Parma est protégé comme AOP depuis 1996, le jambon de Bayonne comme IGP depuis 1998. Le jamón serrano a obtenu son statut de STG par un règlement européen de 1999. L'Espagne a engagé sa transformation en IGP il y a une dizaine d'années, mais le projet n'a pas abouti : en janvier 2026, la justice espagnole a annulé deux décisions de la procédure et renvoyé le dossier en arrière. La STG reste donc la référence.
Jambon de Bayonne : le sel de l'Adour et au moins sept mois
Le jambon de Bayonne est une cuisse de porc salée au sel sec, puis séchée dans le bassin de l'Adour : les Pyrénées-Atlantiques et des cantons voisins des Landes, du Gers et des Hautes-Pyrénées. Les porcs viennent d'une zone plus large, 22 départements du Sud-Ouest où ils sont élevés et abattus, du Cantal aux Pyrénées-Orientales. Pendant l'engraissement, leur aliment contient au moins 60 % de céréales, issues et pois. Aucune race n'est imposée.
Sa signature, c'est le sel : du sel gemme tiré du sous-sol du bassin de l'Adour, notamment à Salies-de-Béarn et à Bayonne-Mouguerre, et non du sel marin. Le jambon est frotté, puis massé régulièrement pour en extraire le jus. Sucre, poivre et piment d'Espelette peuvent accompagner le sel ; le fumage et la saumure sont exclus, seul le séchage à l'air est admis. Du salage au conditionnement, il faut compter au moins sept mois.
Le cahier des charges décrit un jambon peu salé, moelleux, de couleur homogène sur toute la tranche. Il est reconnaissable à son logo ovale portant le mot « Bayonne » et une croix basque. Sa réputation ne date pas d'hier : Rabelais range déjà les jambons de Bayonne parmi les provisions de Grandgousier, le père de Gargantua.
Prosciutto di Parma : du sel marin, rien d'autre, et quatorze mois
Le jambon de Parme ne peut être salé et affiné que dans un morceau précis de la province de Parme : au sud de la via Emilia, à au moins 5 kilomètres d'elle, jusqu'à 900 mètres d'altitude, entre la rivière Enza et le torrent Stirone. Les porcs naissent, grandissent et sont abattus dans onze régions du centre et du nord de l'Italie. Ils descendent des races traditionnelles Large White, Landrace et Duroc italiennes, ou de croisements compatibles.
Le cahier des charges italien, le disciplinare, est catégorique : salage au sel marin uniquement, sans conservateur, sans additif, sans fumage. Après le salage et un long repos au froid, la partie maigre restée à nu est protégée par la sugna, un enduit à base de saindoux, pendant que le jambon mûrit dans des salles aérées.
Depuis la révision du cahier des charges publiée en 2023, l'affinage minimal est passé de 12 à 14 mois. Le jambon fini pèse entre 8,2 et 12,5 kilos. Ce n'est qu'après contrôle, au terme de ces quatorze mois, qu'il reçoit au fer la couronne ducale, sa marque. Le goût visé : doux, délicat, peu salé.
Jamón serrano : une méthode garantie, pas un terroir
Le cahier des charges de la STG ne fixe ni race, ni alimentation, ni zone d'élevage. Il décrit un procédé et des résultats mesurables. La cuisse fraîche pèse au moins 9,5 kilos avec le pied. Elle passe au sel entre 0 et 4 °C, est lavée et brossée, se repose au moins 40 jours au froid, puis sèche et mûrit au moins 110 jours dans des salles où la température monte progressivement. Au total, il faut au moins 210 jours depuis la mise au sel, avec une perte de poids d'au moins 33 %.
Le sel n'est pas d'une origine particulière, et les agents de salaison autorisés par la réglementation européenne des additifs, dont nitrites et nitrates, peuvent l'accompagner. Le produit fini ne doit pas dépasser 15 % de sel sur l'extrait sec dégraissé. Sur l'emballage, c'est le logo STG, ou ETG, qui signale un jambon certifié.
À ne pas confondre avec le jamón ibérico, issu de porcs de race ibérique et encadré par une norme espagnole distincte.
Le comparatif en un coup d'œil
| Critère | Jambon de Bayonne | Prosciutto di Parma | Jamón serrano |
|---|---|---|---|
| Statut européen | IGP (1998) | AOP ou DOP (1996) | STG ou ETG (1999) |
| Ce qui est protégé | Un lien au bassin de l'Adour | Une origine, de l'élevage à l'affinage | Une méthode, sans lieu |
| Origine des porcs | 22 départements du Sud-Ouest | 11 régions d'Italie | Non fixée |
| Sel | Sel gemme de l'Adour | Sel marin, sans aucun additif | Sel et agents de salaison autorisés |
| Durée minimale | 7 mois | 14 mois | 210 jours |
| Marque à repérer | Ovale « Bayonne » à croix basque | Couronne ducale | Logo STG ou ETG |
Ces minimums ne sont que des planchers : bien des jambons des trois familles sèchent nettement plus longtemps, et l'étiquette le dit alors souvent en toutes lettres. Autre nuance que le tableau ne montre pas : l'AOP et l'IGP engagent un territoire, avec ses éleveurs et ses saleurs, quand la STG engage d'abord la façon de faire des ateliers.
Questions fréquentes sur ces trois jambons
Le jambon de Bayonne contient-il des nitrites ?
Son cahier des charges ne les interdit pas, il les plafonne : au plus 250 mg par kilo pour les nitrates et 50 mg par kilo pour les nitrites. Le prosciutto di Parma, lui, n'admet aucun additif, seulement du sel marin. Pour qui veut les éviter, c'est la liste des ingrédients qui tranche, pas le nom du jambon.
Un jamón serrano vient-il forcément d'Espagne ?
La STG protège une méthode, pas un lieu : elle n'impose aucune zone de production. Dans les faits, la filière et ses organismes de certification sont espagnols, et le projet d'IGP vise justement à attacher le nom à l'Espagne.
Jambon cru, jambon sec : quelle différence ?
Dans le langage courant, aucune : les deux désignent un jambon salé puis séché, jamais cuit, par opposition au jambon cuit. Les trois jambons de cet article appartiennent à cette famille ; c'est ensuite l'appellation qui précise lequel on achète.
À la coupe et à table : ce qu'on voit, ce qu'on goûte
Posés côte à côte, les trois se distinguent vite. Le Bayonne a une chair rouge homogène, un gras blanc, une texture souple et un sel discret. Le Parme, plus rose, joue la douceur, avec un sel très discret et une note presque sucrée. Le serrano, qui a perdu au moins un tiers de son poids, est souvent plus sec, plus ferme, au goût plus marqué.
La coupe compte autant que le jambon. Un jambon cru se tranche très fin, presque transparent, à la machine ou au long couteau ; une tranche épaisse devient élastique et masque les arômes. Sorties du réfrigérateur un quart d'heure avant de servir, les tranches retrouvent leur parfum et leur gras devient fondant.
Pour le préemballé, un détail rassure : le Bayonne comme le Parme doivent être tranchés et conditionnés dans leur zone d'appellation, pour le Bayonne moins d'une heure après la coupe, afin de limiter l'oxydation. Une fois le paquet ouvert, les tranches se mangent vite et restent au froid.
Lequel choisir, et pour quoi faire ?
Cru, sur une planche, les trois ont leur place. Le Parme, doux, se marie avec le melon ou les figues. Le serrano, plus sec et plus corsé, tient tête à une tranche de pain frottée de tomate. Pour organiser une planche généreuse, voir comment préparer un apéritif dînatoire pour huit convives ; les jambons y côtoient volontiers un plateau de fromages bien composé.
En cuisine, le Bayonne a l'avantage de l'habitude : quelques tranches juste saisies dans une piperade ou posées sur des œufs au plat, et la cuisine du Sud-Ouest prend forme. Mieux vaut éviter une cuisson longue, qui durcit la tranche et concentre le sel.
Une précaution, enfin : pendant la grossesse, le site public Manger Bouger recommande de ne pas consommer de jambon sec ni de saucisson sec. Les autres produits de salaison et d'affinage sont réunis dans la rubrique charcuteries et fromages, et les idées pour les servir dans la rubrique vins, bières et apéritifs.
















